Marcher dans la rue, vomir sous les ponts, vivre sans dessus dessous .
Vivre sous les ponts, vomir dans la rue, marcher sans dessous .
Parce que sobre elle s'ennuyait -l'ambiance était austère, les lumières trop pâle, la musique trop molle, les gens trop saoules- elle commendait au comptoir de kirs et des demis, des shots et du wisky . Elle sortait (trop) ; maquillée comme un camion volé, vétue d'un chemisier de satin clair et d'un jean cigarette foncé, d'une robe blanche légère, d'une robe rouge et vulgaire ou d'un pull de laine terne et d'un collant filé de la cuisse au pied . Ses talons claquaient sur le parquet quand ivre elle dansait, elle tournait sur elle-même, les bras ouverts, tête en arrière . Elle chantait à tue-tête des chansons culte, des chansons d'amour, des chansons paillardes . Elle tournait sur son tabouret comme un enfant le ferait . Pillier de comptoir appelle-t-on les gens de son espèce . C'était une petite nénette pas plus vieille que ma soeur, avec de grands yeux bleu marine et de fins cheveux bouclés .
Un soir peu avant ou après l'été, l'air était doux et le ciel étoilé . La petite était accoudée au bar, fumant nonchalement une de ces Gauloise au goùt si particulier . L'atmosphère était survoltée, de jeunes allumés ,des minets en slim et des midinettes à frange -des mineurs en majorité- sur chaque chaise, banquette ou tabouret . Les enceintes vibraient au son des Rolling Stones . Elle tortillait une de ses mêches, machinalement je pense, il ne l'impressionnait pas . Du moins je crois . Je l'observait de loin, elle souriait tout le temps, reprenait souvent une gorgée, riait parfois . Elle ne me regarda pas une seule fois .
Elle était passé maître dans l'art de rouler les hommes . Ils l'approchaient, ils lui souraient, la reluquaient de près . Ils s'approchaient, elle les laissait faire . Elle galbait la poitrine en resserant les bras, et glissant une jambe sur l'autre elle clignait des yeux, alors ils lui servaient un deuxième verre, lui offraient une cigarette de plus . C'est quand elle était lasse de jouer qu'elle choisissait de se barrer . Elle partait le sourire aux lêvres et eux la bite sous le bras . La petite jouissait d'ainsi enculer les hommes qui avaient pour habitude d'enculer les femmes .
Elle ne me regarda pas une seule fois, elle avait les yeux rivés sur sa proie . Elle fumait des Gauloises et lui des Malboro . Et puis elle fumait des Malboro . Ils trinquaient, ils trinquaient . Il l'approchait, il lui souriait, il la reluquait de près . Il s'approchait, elle le laissait faire . Quand elle galbait la poitrine en resserant les bras et qu'elle glissait une jambe sur l'autre en clignant des yeux, il lui servait un autre verre, une cigarette de plus . La petite est partie le sourire aux lêvres et lui à son bras . Ils se sont barrés jouer, 'faut dire qu'il lui plaisait . La p'tite nénette a jouit avec lui .
Le lendemain elle n'était pas très loin, lui il n'était plus là . Dans la rue l'ambiance était austère, les lumières pâles, plus de musqiue, les gens avaient la gueule de bois . Elle sentait l'alcool : le kir et les demis, les shots et le wisky . Son maquillage avait coulé . Etait-ce sa robe blanche légère ou sa robe rouge et vulgaire qu'elle portait ? Sur le coup je n'ai pas su la reconnaitre . Elle avait les bras ouverts, la tête en arrière . Ses yeux bleu marine étaient rougis, ses cheveux fins et bouclés étaient emmelés . Ce matin là c'est tout le monde qui s'approchait d'elle, mais personne ne souriait et c'est moi qu'ils reluquaient de près . Ils s'approchaient et je les laissait faire .
"Ce n'est pas moi . Elle ne m'a même pas regardé une seule fois . Elle est partie, elle est partie le sourire aux lêvres et lui à son bras, la petite . La petite ne m'a même pas regardé une seule fois . Je ne l'ai pas tué, non, ce n'est pas moi ."